Mares flottantes : un projet expérimental pour créer des refuges à insectes aquatiques au lac Marion à Biarritz
Et si certains plans d’eau artificiels pouvaient devenir de véritables refuges pour la biodiversité aquatique ?
Au lac Marion à Biarritz, une expérimentation va être menée autour de mares flottantes protégées, conçues pour favoriser le développement des insectes aquatiques tout en limitant la prédation par les poissons et les perturbations liées aux oiseaux d’eau.
Ce projet expérimental est piloté par Egan Aquitaine, avec l’appui de la Communauté Open Lande Nouvelle-Aquitaine. Il bénéficie du soutien financier de la Communauté d’Agglomération Pays Basque. L’installation est rendue possible grâce aux autorisations temporaires accordées par le Conservatoire du Littoral, propriétaire du lac Marion, et par la Ville de Biarritz, gestionnaire du site.
Pourquoi des mares flottantes ?
Dans de nombreux plans d’eau artificiels, les poissons exercent une forte pression sur les larves d’insectes aquatiques. Cette prédation limite la présence d’espèces pourtant essentielles au bon fonctionnement des écosystèmes : libellules, dytiques, notonectes, gerris, éphémères ou encore trichoptères.
Ces insectes jouent plusieurs rôles importants :
- ils participent à la chaîne alimentaire
- ils contribuent à la diversité écologique des milieux aquatiques
- ils servent d’indicateurs de qualité environnementale
- certaines espèces sont des prédateurs naturels d’autres invertébrés aquatiques, dont certaines larves de moustiques
L’objectif des mares flottantes est de créer de petits espaces protégés, sans poissons, où ces insectes peuvent trouver refuge, se développer et se reproduire.
Un démonstrateur simple, léger et réversible
Les mares flottantes expérimentales seront conçues comme des micro-habitats aquatiques protégés.
Elles associeront :
- une structure flottante légère
- une enceinte immergée empêchant l’entrée des poissons
- une protection limitant l’accès des canards et autres oiseaux d’eau
- des plantes aquatiques locales
- des branches, pierres et supports naturels favorables aux insectes
Le dispositif est pensé pour être temporaire, réversible et suivi dans le temps. Plusieurs solutions techniques pourront être testées afin d’identifier les configurations les plus efficaces : type de filet ou de grillage, taille des mailles, mode de végétalisation, système d’ancrage.

Une expérimentation au service de la biodiversité ordinaire
Ce projet s’inscrit dans une démarche de régénération des micro-habitats aquatiques. Il ne s’agit pas de transformer le lac, mais d’y créer ponctuellement des zones refuges, discrètes et observables, permettant de favoriser la vie aquatique dans des milieux fortement contraints.
Le suivi permettra d’observer notamment :
- la colonisation par les insectes aquatiques
- la présence éventuelle de larves de libellules
- l’efficacité de la protection contre les poissons
- la tenue des végétaux
- le niveau de maintenance nécessaire
- l’intégration du dispositif dans le site
Un projet partenarial
Le projet « Mares flottantes » repose sur une coopération locale entre acteurs écologiques, associatifs et institutionnels.
Il est :
- piloté par la coopérative de génie écologique Egan Aquitaine
- accompagné par la Communauté Open Lande Nouvelle-Aquitaine
- soutenu financièrement par la Communauté d’Agglomération Pays Basque
- autorisé temporairement par le Conservatoire du Littoral, propriétaire du lac Marion
- autorisé temporairement par la Ville de Biarritz, gestionnaire du lac
Cette expérimentation permettra de produire des retours d’expérience utiles pour d’autres plans d’eau artificiels du territoire.
Vers une nouvelle génération de micro-habitats aquatiques
À travers cette expérimentation, l’ambition est de tester une solution simple, reproductible et peu invasive pour renforcer la biodiversité aquatique ordinaire.
Les mares flottantes pourraient, à terme, compléter d’autres actions de renaturation, de création de mares, de restauration des berges ou de sensibilisation citoyenne autour du vivant.
Ce projet est une première étape pour imaginer des plans d’eau urbains et périurbains plus accueillants pour les insectes aquatiques, les libellules et toute la petite faune qui participe à l’équilibre du vivant.
Quelle différence avec les radeaux végétalisés existants ?
Les mares flottantes expérimentales se distinguent des radeaux végétalisés classiques par leur objectif écologique principal.
Les radeaux végétalisés existants sont généralement conçus pour créer une île flottante plantée. Ils permettent de végétaliser un plan d’eau, d’améliorer l’intégration paysagère, de créer des supports pour la faune, d’apporter de l’ombrage ou de contribuer à l’épuration de l’eau grâce au système racinaire des plantes.
Le projet « Mares flottantes » poursuit une logique différente : il ne s’agit pas seulement de faire flotter des plantes, mais de créer un véritable micro-habitat aquatique protégé.
La différence principale tient à la présence d’une enceinte immergée sous la structure. Cette enceinte vise à empêcher l’entrée des poissons, afin de créer une zone refuge favorable aux insectes aquatiques. Dans de nombreux plans d’eau, les poissons consomment une grande partie des larves d’insectes. La mare flottante cherche donc à recréer localement un espace sans prédation piscicole directe.
Autre différence importante : le dispositif n’est pas pensé comme une île végétalisée pleine de substrat. L’intérieur reste majoritairement composé d’eau libre. Les plantes sont installées de manière localisée, soit dans des poches de substrat, soit directement fixées sur le grillage ou sur des supports légers. Cette conception permet de conserver un volume d’eau ouvert, favorable aux déplacements, à la reproduction et au développement des invertébrés aquatiques.

